l’éclair Toulousain du 6 novembre 2025

Dans la matinée du 6 novembre 2025, les habitants de la région toulousaine ont été surpris et impressionnés par un éclair particulièrement bruyant et lumineux. Beaucoup de messages sur les réseaux sociaux exprimaient ces sentiments et les médias locaux, voire même nationaux, avaient relayé l’information en multipliant des titres et des reportages dignes d’un phénomène exceptionnel, jusqu’à avancer des interprétations au-delà du raisonnable. Rapidement, des premières caractéristiques relevées par les réseaux de détection des éclairs permettaient de le classer dans la catégorie des superbolts. Une équipe du LAERO en a fait une étude détaillée en associant plusieurs types de données sur l’éclair lui-même et son contexte orageux.

Géométrie 2D de l’éclair (symboles) sur fond de température de sommet de nuage à 10 h 25 TU (échelle de couleurs) : CG pour arc nuage-sol et IC pour décharge intranuageuse (issus de Météorage) avec les symboles en tons de rose et bleu en fonction du temps d’occurrence (t = 0 pour l’arc nuage-sol détecté près de Toulouse indiqué par le gros plus rouge) ; éclair, groupes et « events » du capteur Lightning Imager (LI) sur Météosat MTG, avec respectivement l’étoile marron, les points et les carrés jaunes (avec deux tailles en fonction de la valeur de radiance). La flèche rouge indique la première détection de Météorage

Il ressort de cette étude que l’éclair s’était déclenché à une centaine de kilomètres plus à l’est où l’orage était particulièrement actif, avant de se propager vers Toulouse et de produire cet arc nuage-sol de signe positif (neutralisant de la charge positive dans le nuage) dont le pic de courant atteignait 185 kA ! L’éclair d’environ 3 secondes présentait une structure complexe avec un enchaînement de décharges intranuageuses et nuage-sol de deux polarités. Aucun autre éclair n’avait été vu ou entendu dans la métropole toulousaine avant celui-là, et pour cause, le plus proche dans la demi-heure était un modeste éclair intranuageux à plus de 35 km. Cela explique bien l’effet de surprise créé. Le pic de courant estimé lui confère indiscutablement le qualificatif de superbolt réservé aux arcs d’éclairs très puissants. Mais l’orage du 6 novembre qui a touché le nord-est de l’Espagne, l’est de l’Occitanie et une bonne partie du bassin méditerranéen, n’a pas été avare en superbolts puisqu’il il en a produit 117 au moins aussi puissants que l’arc toulousain : c’est environ 0,5 % des éclairs qui ont touché le sol au cours de cet orage. Cette proportion est typique des arcs à très fort pic de courant. En 2025, le territoire français a eu par exemple 1 079 éclairs nuage-sol (soit 0,4 % des éclairs de ce type) qui ont dépassé le seuil de 180 kA (Source : Météorage). Cela permet de relativiser l’exceptionnalité de notre éclair toulousain.

Sa caractéristique de longue propagation lui confère un autre statut, celui d’éclair spider : ces éclairs sont associés à des orages qualifiés de systèmes convectifs de méso-échelle (MCS en anglais), avec une région convective où l’on trouve le maximum d’activité (éclairs, pluie intense, vents forts) et une région stratiforme beaucoup plus calme. Nous étions dans ce schéma le 6 novembre avec un éclair déclenché proche de la région convective qui se propage vers l’ouest dans la région stratiforme. Au cours de son périple, l’éclair a produit plusieurs arcs nuage-sol, 10 négatifs et 2 positifs.

Pour les toulousains, c’était un éclair était venu d’ailleurs ! Ce type d’éclair illustre le risque que peut constituer la région stratiforme d’un tel orage, en termes de puissance des éclairs et d’absence de signe avant-coureur, même loin de sa région la plus active.

Pour en savoir plus

Contact : serge.soula@utoulouse.fr

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